Des fleurs en traction animale

mardi 6 mai 2014
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Le témoignage de Hélène Héry :

Je m’appelle Quellevie... Quellevie Nevez... surnommée Crocrotte ! Et même si ma robe et ma petite taille sont un peu atypiques pour ma race, je n’en suis pas moins une pure et puissante jument bretonne de 5 ans.
Ma patronne, elle, s’appelle Hélène. Elle a commencé à faire du maraîchage en traction animale après avoir été cochère en 1992, au début pour elle, et après, elle en a fait son gagne-pain depuis 1997.
Pour apprendre mon boulot, j’ai du apprendre plein de choses, plein de mots, et même faire des déplacements latéraux à la voix, pour choisir le bon rang et ne pas cabaner la Kassine quand elle a deux roues. Maintenant je suis professionnelle !
Et puis, v’la-t-pas que l’année dernière ma patronne vient me voir et elle me dit comme ça : "Crocrotte, y en a marre des légumes ! On marne comme des boeufs, on fini cassées, tout ça pour gagner de quoi survivre. Le bocage est ravagé, c’est triste, c’est moche, et toutes les bestioles environnantes viennent manger chez nous parce qu’il n’y a que ça de bon dans le coin. Tout ça est fini, bien fini ! Il faut que ça change, j’ai besoin de beauté, de douceurs... à partir d’aujourd’hui on arrête les légumes et on va faire des fleurs !
Dans ce monde de contrôle, matérialiste et normalisé, les gens ont grand besoin de rêver...et ça, faire rêver les gens, on sait faire. Alors, allons-y Crocrotte, encore plus loin dans le délire". De toute façon quand on voit le prix d’un bouquet de fleurs par rapport à une botte de carottes, on a rien à y perdre. Et puis, on va pas faire dans la fleur en plastique des fleuristes. On va faire des fleurs tellement simples qu’on ne les trouvent plus, des fleurs qui sentent bon le jardin de grand-mère, des lilas, des ancolies, des achillées, des campanules, des pivoines, de l’amour en cage et surtout des roses anciennes : des pomponnettes, des turbinées, des fleurs de l’émotion...On laissera aux autres les "m’as-tu-vu".
Bon, moi j’aime mieux les légumes, les pivoines...Ouark ! Imbouffables ! Alors Hélène m’a promis de faire quand même un peu de haricots et petits pois pour que je garde ma motivation en attendant que toutes ces cultures s’installent.
Cette année, Hélène commence à vendre ses fleurs. Elle est contente, elle dit que la récolte est bien moins pénible et que, pour le temps passé en ramassage et préparation, elle gagne nettement plus de sous. Elle dit aussi qu’une fois que les plantes ont pris leur place, l’entretien sur le rang est facile. Mais beaucoup de plantes nécessitent 2 ou 3 ans avant de donner à plein, alors, il faudra attendre l’année prochaine pour voir ce que ça donne vraiment.
Moi, je vois mieux les rangs de vivaces, il sont plus larges. Pour ne pas casser les grandes tiges des fleurs avec le palonnier, ma patronne utilise beaucoup de "bas-cul", ce harnais finistérien pour passer dans les artichauts. Et comme c’est plus dur pour mes épaules, elle met un gros ressort pour amortir les chocs.
Voilà où on en est...Bon ! C’est pas le tout ça, je cause, je cause...mais c’est qu’il me reste de pissenlits à brouter, moi ! Je vous laisse les amis, à la prochaine !
Quellevie Nevez


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